Entretien Ahmed Aït Bachir suite et fin

Interview partie II suite et fin. Annexe lettre adressée au porte parole du MAK en 2007

Dans cette deuxième partie M Ahmed Aït Bachir membre fondateur du MAK, revient sur les conditions de la tenue du congrès d’Ighil-Ali et les désaccords qu’il a engendré. Il développe son point de vue sur les récents événements qui ont marqué la famille autonomiste. Il soutient qu’il est toujours membre du MAK même s’il prend ses distances et condamne la création du gouvernement provisoire kabyle. Pour lui la Kabylie et les Kabyles ne sont encore demandeurs de ce genre de structures politique.


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ANNEXE

Lettre aux Militants et au porte-parole du MAK

Chers amis

Nous venons de passer en revue le futur projet des statuts du MAK. Il va de soi que tout mouvement doit s’organiser afin de se donner et de s’assurer le maximum de chance pour réussir son action. On ne peut, donc, être que favorable à cette initiative, si les événements que traverse notre région relève de la normalité des choses pour se livrer à une compétition politique de ce genre.

Mais dans cette situation précise qu’est la construction du projet d’autonomie de la Kabylie, sommes-nous, véritablement, dans un contexte d’organiser ce mouvement selon les méthodes qui concourent à la création d’un parti politique normal, dont le souci objectif est d’arriver, un jour, au pouvoir ? Assurément, la réponse est non !

Cependant, il est fort à craindre que l’état d’esprit de cette initiative en soit ainsi. Pourtant, nous n’avons eu de cesse de dire que le projet d’autonomie de la Kabylie ne doit, en aucune manière, être pensé et conçu dans le même état d’esprit que le serait le programme d’une formation politique dont l’unique ambition est d’accéder au pouvoir. L’autonomie de la Kabylie est aux antipodes de cette manière de voir et d’appréhender les problèmes. Il doit transcender tous les clivages et les ambitions personnelles de chacun de nous pour laisser place à un élan de fraternité solidaire, tant le chemin que nous avons à parcourir, s’avère long et difficile.

Parler d’autonomie de la Kabylie, c’est croire en une communauté te destin pour les Kabyles. Et si nous sommes dans cet état d’esprit, sa construction ne peut être l’apanage d’une personne ou d’un groupe de personnes. Il doit être l’œuvre de toutes celles et tous ceux qui comptent sur la scène kabyle, qui croient dans la justesse de ce projet de rupture.



Inutile de répéter que la voie qui conduira vers cet objectif sera parsemée d’embûches de tout genre et de toute part. C’est la raison pour laquelle il n’est pas admissible de faire l’économie d’associer le maximum d’acteur à cette entreprise de renaissance de la nation et du peuple kabyles. Et ce n’est point faire injure à tout ce qui a été fait, ou renier les sacrifices consentis, en affirmant que le MAK, à lui seul, ne pourra y parvenir.

Chers amis !

Le dernier séminaire du CERAK, tenu fin juin à Paris, a montré deux choses qu’il convient de pointer du doigt et qui nous paraissent fondamentales pour la poursuite du combat pour la construction du projet d’autonomie.

1- Le MAK s’est imposé sur le terrain et personne aujourd’hui -y compris ceux qui éprouvent des réticences pour y adhérer - ne le remettent en cause. Bien plus, ils saluent et approuvent son action et son mérite.

2- Le travail diplomatique sur la scène internationale a été également apprécié et appuyé, au-delà de certaines réserves émises, non sans raison.

Ainsi, le MAK est devenu un acteur sur lequel on ne peut faire l’impasse, quelles que puissent être les attitudes de ses détracteurs, qui ne sont pas ses ennemis.

Aujourd’hui, c’est à lui qu’échoit le rôle de démontrer à tout ce monde que son action ne vise aucunement la satisfaction d’ambitions personnelles de ses militants. Lesquelles d’ailleurs ?

Nous ne répéterons jamais assez que le MAK gagnerait, encore plus, à associer le grand nombre possible d’acteurs que la question du destin de la Kabylie interpelle à plus d’un titre. Dans ce contexte, nous avons dit et à plusieurs reprises que le MAK n’a pas le droit de fermer ses frontières, ne serait-ce que parce que sa composante -il faut le reconnaître – ne pourrait pas mener, à elle seule ce combat de titans.

Nous insisterons sur la nécessité de voir plus large et se poser la question de savoir comment rassembler les rangs dispersés de la famille kabyle. En tout cas, ce ne sera guère à l’intérieur du MAK actuel que cette entreprise pourra voir le jour. Il faut revenir à des exemples des peuples en lutte et voir ce que furent et demeurent leurs stratégies de combat. C’est dans l’union de nos rangs que naîtra notre salut.

Si l’on admet la difficulté d’unir les kabyles sous une même bannière -un constat que nous partageons tous- il devient vital d’aller ensemble vers une structure fédérative de toutes les forces sans renoncer ou renier ce qui existe et ce qui a été entrepris depuis des années. C’est, à nos yeux, le meilleur gage de réussite.

Le MAK, ou tout autre mouvement du genre, ne doit pas se poser en dépositaire exclusif du destin des Kabyles. D’ailleurs, ces derniers l’ont-ils choisi ou désigner pour cela ?

Que dire du projet des futurs statuts du MAK ?

Chers amis !

Si nous avons bonne mémoire, nous avions prononcé notre profession de foi au tout début du lancement impromptu de notre mouvement. Nous avions tous convenu alors -ceci par souci d’apaiser les craintes exprimées ici et là- que le MAK est un mouvement qui s’auto dissoudra dés que l’objectif pour lequel il a été proclamé aura été atteint. Nous constatons, malheureusement, un net recul par rapport à cet engagement pris devant les kabyles.

Les multiples échecs que l’élite kabyle a fait subir à ses populations ont forgé, chez ces dernières, un sentiment de défiance et de méfiance à l’égard du personnel politique que nous prétendons incarner. Le dernier acte du genre est l’épisode des « Aarchs » qui a avorté une insurrection, authentiquement, kabyle. Ainsi une autre initiative qui ne susciterait pas l’adhésion d’un maximum des les populations kabyles subirait, sans conteste, le même sort que toutes celles qui l’ont précédée. Elle aura, hélas, pour unique conséquence, celle d’approfondir et d’élargir, encore davantage, les fossés qui nous séparent les uns des autres.

La réussite de ce projet et de bien d’autres, passe par le renouveau de la pensée et de la pratique politiques des kabyles. N’est-il pas venu le moment de nous interroger sur notre incapacité à nous éloigner de l’esprit absolutiste de l’exercice du pouvoir. D’ailleurs quel pouvoir avons-nous, si ce n’est celui de nous neutraliser, voire, d’anéantir nos aspirations et de ruiner, durablement, toute forme d’espoir ? Avons-nous le droit d’être les fossoyeurs de nos rêves et de nos espoirs ?

Chers amis !

Inventer de nouveaux rapports au pouvoir et à l’argent, passe par deux préalables.

1- Le pouvoir : le courage, l’honnêteté et l’amour de la patrie, ainsi que de la nation et du peuple kabyles, nous commandent de rompre avec le pouvoir personnel des chefs autoproclamés, alors même que nous ne cessons de décrier l’absolutisme de ceux qui sont en face, ceux que nous combattons.

    Un projet de destin pour la Kabylie doit avoir pour références et matrice la façon dont ce même pouvoir est exercé des siècles durant.

Seule la consécration du principe l’alternance pacifique à l’exercice d’une parcelle du pouvoir -aussi petite soit-elle- est à même de nous réconcilier avec nos populations. Si par cette initiative, il est question d’inventer d’autres FFS, RCD ou Arch, les kabyles en ont assez. Ces populations, nos populations, attendent et exigent qu’il soit mis à un terme l’utilisation de la Kabylie à d’autres fins .

2- Le rapport à l’argent : s’il est des situations qui désarment et qui ruinent tout effort, c’est la gestion opaque de l’argent des autres. Là aussi, les kabyles ont été grugés à maintes reprises.

    Qui peut nier l’élan et l’effort de sacrifices des kabyles, lors de ce sinistre épisode noir      de 2001 ? 
     Qui peut, aujourd’hui dire où  est passé cet argent qui a coulé à flot qui a été mis au service d’une noble cause, mais gaspillé voire détourné.

Nous gagnerons à nous inspirer et à tirer des enseignements de toutes ces péripéties, il y va de notre crédibilité pour construire un futur prometteur.

Nous avons, aussi, un problème à bien gérer le temps !

Nous sommes, toujours, soit en avance soit en retard, mais jamais à l’heure qu’il faut et là où il faut.

Un congrès constitutif du MAK constitue en soi, l’acte de naissance de ce dernier. C’est d’autant plus important qu’on ne peut remettre en cause une naissance une fois le bébé est là, sauf par la mort de ce même bébé.

Au vu des réactions et des appréhensions d’un grand nombre de militants et qui ne sont pas des moindres, notamment des membres fondateurs, nous nous interrogeons si toutes les conditions et tous les préalables sont réunis pour un tel événement. Nous nous demandons s’il ne serait pas sage de reporter l’adoption des statuts fondateurs à une date où toutes les conditions et préalables feront l’objet d’un consensus des militants.

Faire de ce congrès constitutif du MAK, prévu pour le 14 août, une nouvelle rencontre régionale afin de débattre d’une façon des plus démocratiques, pour lever tous les malentendus et les équivoques avec l’ensemble des militants et préparer ainsi un congrès ou régnerait une harmonie et l’adhésion à ce projet. De cette façon, ce serait tout à notre honneur d’avoir évité une nouvelle fois une division dans un mouvement Kabyle.




Il serait, peut-être mieux que le MAK poursuive sa marche sans avoir à le figer, inutilement, dans des statuts qui seront, plus un frein à des adhésions futures.

En revanche, le MAK gagnerait à susciter une initiative pour créer un cadre plus large qui fédérera toutes celles et tous ceux qui portent ce projet dans leur cœur et qui travaillent pour sa concrétisation. Dans ce contexte, le MAK en sera le moteur, pour ne pas dire l’âme.

Chers amis !

Nous ne sommes pas mieux placés que vous pour vous dire que la situation que traverse notre région et notre peuple est préoccupante. Tout est mis en œuvre pour solder les comptes de la Kabylie. Rajouter de la division à celle, déjà si profonde et qui lézarde la maison kabyle, serait lourd de conséquence. Et si l’on est conscient, un tant soit peu, que la Kabylie est entrain de jouer sa dernière carte, il est des initiatives qu’il faut mûrement méditer avant de passer à l’acte.

Tous tels que nous sommes, nous avons la responsabilité historique de ne pas trahir les attentes et les espoirs de notre peuple en les sacrifiant sur l’autel, de la précipitation et d’un désir d’agir pour agir.

L’œuvre de construction de l’autonomie de la Kabylie sera longue et difficile à faire. Il sera hasardeux de céder à la facilité et de se dire que le fruit est à portée de main. Ceux qui seront tentés ruineront tout le travail que nous avons entrepris jusqu’à maintenant.

Ayons confiance en nous-même, affrontons d’autres idées qui ne vont pas dans le sens du poil sans pour cela tomber dans la crainte et la suspicion. C’est en nous acceptant dans nos différences et en nous disant des vérités, aussi amères et douloureuses, soient-elles, que nous parviendrons à notre ultime but.

Vos amis et compagnons, Ahmed AÏT BACHIR et Ahcène BELKACEMI

Paris, le 29/7/2007